Week-end gourmand et authentique à Madrid (bonnes adresses)

 In Voyages
Madrid, Quartier Littéraire Catherine Piette

Madrid, Quartier Littéraire

Madrid, côté gourmand et authentique

J’étais très curieuse de ce que j’allais pouvoir vivre à Madrid !
Ce n’était pas ma première fois en Espagne (Barcelone, Playa de Aro, Vitoria, Burgos, Valladolid, Séville sont des endroits que j’ai déjà visité). Seulement, je n’ai pas encore eu de véritable coup de coeur pour la gastronomie espagnole (à part les churros con chocolate et Barcelone pour ses tapas)… Grosse attente !

Hors des sentiers battus à Madrid… pas si simple

J’ai beaucoup cherché avant mon départ des infos sur Internet (articles, blogs de voyageurs ou forum du routard, voire lecture de guides écrits empruntés à la bibliothèque).
Et je me suis aperçue que je ne trouvais pas spécialement ce que j’espérais.
Tous les touristes veulent un peu la même chose…Et la trinité magique à Madrid = Prado, tapas, paëlla 🙂
J’avais envie de quelque chose de moins évident. Alors j’ai fouillé la toile, Facebook.  Avec quelques questions en tête pour guider mes recherches.

  1. Qu’est-ce que les madrilènes font vraiment pour manger et acheter de bons produits ?
  2. Où sortent-ils, mangent-ils quand ils aiment les vrais produits non industriels ? (et pas spécialement bio)
  3. Quelles sont leurs adresses où les touristes ne sont pas spécialement, parce qu’ils ne connaissent pas ?

Comment trouver les bons tuyaux (pas que sur internet) pour visiter une ville comme Madrid de manière authentique

  1. Connaître un habitant de la ville, qui la pratique depuis un certain temps (et lui demander de te piloter). Chance ! Ma fille Clara y passe du temps depuis quelques mois, et avec ses amis madrilènes, fréquente un certain nombre d’endroits vraiment authentiques. J’allais donc pouvoir profiter de quelques spots, en sachant qu’elle est encore étudiante et donc fréquente des endroits pour budget riquiqui. Si tu ne connais personne dans la ville où tu vas, alors passe au numéro 2.
  2. Passer du temps sur place et interroger des gens qui fréquentent des endroits qui te plaisent, et de fil en aiguille en trouver d’autres intéressants (c’est ce que nous avions fait à Tavira, Portugal, pour nous constituer un réseau intéressant en à peine 10 jours).
    Bon, ça, ça demande d’être là pour un peu plus d’un week-end prolongé…
    C’est pour ça que j’ai choisi la solution suivante (ok, oui, je l’ai trouvée sur internet)
  3. Louer un guide, ou acheter un Food Tour. Là, de nouveau, le choix est important. Sur Trip Advisor, on trouve un grand choix d’activités. Il y a aussi des organismes qui te mettent en contact avec des locaux, comme withlocals  ou comme airbnb, qui ne propose pas que des logements (à ce propos c’est par eux que je suis passée pour trouver un appartement). Le service est impeccable, et en 4 ans, si j’ai eu quelques tout petits déboires à l’occasion, ça s’est toujours terminé de manière très civile (remboursement, et excuses des propriétaires).
    Simplement, il y a beaucoup de ces activités qui comportent  les mots “tapas et paëlla”, ce qui m’a fait fuir.
    Je cherchais quelque chose de plus caché, moins immédiatement cliché, et j’ai été attirée par un des tours offert par la société “Devour Madrid”, je t’en parle un peu plus loin…

 

Se laisser emporter par son intuition à Madrid

J’ai longuement hésité et je ne sais pas pourquoi ce tour là m’a précisément fait de l’oeil ?
À cause du terme “quartier littéraire” ? Même si je lis beaucoup, à part Cervantès, je ne connais pas beaucoup d’écrivains espagnols.
Peut-être parce que le district s’appelle “Huertas” (jardins) et qu’il y avait la promesse de visiter un marché ? Probablement. En tous les cas, j’ai choisi précisément “La” visite guidée qui me correspondait tout à fait (même si forcément, j’ai quand même été dans les pas des touristes intéressés comme moi par ce genre de truc)

J’ai tout d’abord eu un véritable coup de coeur pour la cheffe qui nous a emmené au dédale des ruelles de ce vieux quartier (Arantxa Lamas) . J’ai adoré tout ce que nous avons vu, mangé et bu.
Très souriante et gaie, Arantxa nous a emmenés (nous étions 7) dans les calle, à la découverte des très anciens et authentiques commerces du coin, tout en nous narrant de nombreuses anecdotes.
Elle est également chef free lance et donne des cours de cuisine. Pour la prochaine fois, qui sait ?
En tout cas, ce que j’ai vraiment apprécié, c’est cette impression d’être vraiment reliée à une ville par quelqu’un qui m’en racontait les recoins et les petites histoires.

Déguster Madrid par petits morceaux d’histoire(s) authentiques

  1.  Au temps où presque personne ne savait lire
    Casa Alberto, 1827 Catherine Piette Madrid Authentique

    Casa Alberto, 1827

    Arantxa nous a montré ce que je n’avais pas encore remarqué (parce que souvent on a le nez en l’air dans une ville): une plaque apposée à même le trottoir.
    Cette plaque commémore le centenaire de l’activité commerciale, et il y en a beaucoup à Madrid !
    Comme cette “Casa Alberto” qui s’est ouverte en 1827 (La Belgique n’existait pas encore).

  2. Arantxa Lamas Guide de Devour Madrid devant la Casa Alberto Madrid Authentique

    Arantxa Lamas Guide de Devour Madrid devant la Casa Alberto

    La façade de la Casa Alberto n’est pas peinte de cette couleur par hasard.
    Située à quelques pas de la grande place Santa Ana, son rouge couleur vin attire l’oeil des passants depuis 1829 ! Même ceux qui ne savaient pas lire le mot “Vermouth” pouvaient deviner ce qu’on y servait.
    A propos de Vermouth, je t’en parle un peu plus loin, je ne savais pas que c’était un truc typique en Espagne.

  3.  Celui qui résista à Franco
    Paco Gonzales, photo Catherine Piette Madrid Authentique

    Paco Gonzales


    Paco Gonzalez
    est le petit-fils d’un résistant à Franco emprisonné.
    Sa grand-mère a du reprendre l’épicerie, alors que l’argent manquait pour approvisionner les rayons.

     

    Famille Gonzales, Calle Leon , Madrid Authentique

    Famille Gonzales, Calle Leon

    Casa Gonzales Catherine Piette Madrid Authentique

    Casa Gonzales

    Astucieuse, elle a imaginé faire rentrer le chaland dans sa boutique (photo de gauche)
    grâce à ses boîtes de conserves aux étiquettes prometteuses (les dites boîtes étaient factices).
    Et une fois à l’intérieur, hop, elle lui faisait goûter les fromages et le vin que son fils allait chercher dans les fermes aux alentours de Madrid.
    Quand le grand-père est rentré de captivité 8 ans plus tard, l’épicerie était devenue un commerce de fromage et vins réputés.
    C’est toujours le cas aujourd’hui !

    Nous y sommes retournés pour y racheter du fromage et boire un café et nous avons croisé devant la boutique une équipe de tournage de film d’époque (années 50).  Les autocollants du routard qui ornaient la porte étaient recouverts par des affiches de ce temps là.

  4. L’ancienne tradition des boulangers de Galice brillament renouvelée

    Le nord de l’Espagne est plus vert que toutes les autres régions, propice à la culture du blé. Ce qui fait qu’il y a une tradition bien ancrée de boulangers, plus qu’ailleurs dans le pays.
    Moega Panaderia  est assez récent dans le quartier mais déjà hyper couru.

    Madrid Authentique

    Moega, une boulangerie à l’ancienne

    Madrid Authentique

    Prenaos = enceint

    Ses petits “preñaos” (littéralement pains “enceints” ) au chorizo ou aux légumes, tous chauds, sont un délice.

    Le bébé est un chorizo ! Catherine Piette Madrid Authentique

    Le bébé est un chorizo !

    Quant aux empanadas, vraiment, la pâte est tellement savoureuse et croquante (à mon avis, faite à l’huile d’olive) avec une garniture à tomber !  J’ai déjà programmé d’y retourner dans 6 mois !

    Je signale aussi l’excellente boulangerie “Levaduramadre” (fréquentée par ma fille) et ses cookies déments à la betterave rouge. Tu pourrais aussi y apprendre à faire du pain, car ils y donnent des ateliers !

  5. Le marché où j’ai trouvé l’essence même de la cuisine espagnole

    Chaque quartier a son marché, ses vendeurs d’olives, de jamones et embutidos (charcuteries) et d’huile d’olive et pimentòn, fruits et légumes, poissons etc.
    Dans le quartier de Huertas, c’est le marché Anton Martin.

    Mercado Anton Martin Madrid Authentique Catherine Piette

    Mercado Anton Martin

    Jamones

    Le pimentòn accompagne toute la cuisine ici (avec l’ail et l’huile d’olive). C’en est vraiment sa caractéristique principale. C’est du poivron, en fait, plus ou moins piquant selon la variété, séché et fumé.

    Pimenton De La Vera MAdrid Autenthique Catherine Piette

    Pimenton De La Vera

    La particularité de ce pimentòn El Colorin ?
    Ce n’est pas l’appellation d’origine protégée (les espagnols y tiennent), non, c’est le fait qu’il soit moulu sur pierre, tel que les moines de Saint Jérôme (à l’origine du pimentòn) le faisaient à l’époque.
    Il y a du doux, semi-doux, et fort. Si tu savais à quel point le paprika (un autre nom du pimentòn) a des propriétés bénéfiques, tu en mettrais partout partout aussi.

  6. Torrijas, une spécialité de la semaine sainte et du carême, chez Docamar
    Madrid Authentique Docamar Catherine Piette

    Doacamar, quartier Quintana, Madrid

    Madrid Authentique

    La sauce secrète du Docamar

    Découverte due à une recommandation “via via”:
    le Docamar, dans le quartier de Quintana (excentré à 8 stations de métro) est uniquement fréquenté par des espagnols. Au rez de chaussée, un bar avec ses pompes à bière et ses tapas…
    A l’étage une salle de restaurant au service extrêmement affable, rapide et soigné. La spécialité du lieu depuis 1963
    Une “salsa secreta” (à base de pimentòn… et de bouillon de viande, à notre avis) généreusement servie sur des patatas bravas et autres tortillas, croquetas et oeufs fris surmontés de chorizo émiettés.

    Madrid Authentique Docamar Catherine Piette

    Patatas bravas

    Madrid Authentique Torrijas Catherine Piette

    Torrijas

    Sur beaucoup de devantures à Madrid nous avons lu “tenemos torrijas”, (nous avons des torrijas).
    Cette spécialité ressemble à du pain perdu hyper moelleux, plein de cannelle, et est servie uniquement pendant le Carême, entre le mercredi des cendres et le dimanche de Pâques.
    Quand j’apprécie un endroit, j’y retourne plusieurs fois ! Cet endroit a donc été testé et bien approuvé !

  7. Le vermouth du dimanche midi

    Le vrai vermouth est servi au fût, dans de grands verres, à l’apéritif vers 14h30 le dimanche midi.
    Parfois 15h, car il parait que le repas du dimanche est encore plus tardif que pendant la semaine (pause obligatoire pour tous les espagnols entre 14 et 16h).
    Ce vin agrémenté d’épices et d’herbes est arrivé en Espagne via l’Italie fin du 19ème siècle. “On peut utiliser entre cinquante et quatre-vingt ingrédients botaniques, plantes, fruits et épices différents pour son élaboration, mais ceux qu’on retrouve le plus souvent sont la framboise, le citron et la cannelle”

     


    L’apéro old fashion  revient terriblement à la mode à Madrid et dans toute l’Espagne, et le vermouth titre quand même aux alentours de 16,5°. Autant dire qu’il m’a fallu une sieste après ! Idéal avec les olives et les tapas…J’en ai goûté à Los Gatos au décor complètement dingue, avec des tapas super.

  8. Le Sereno (à ne pas confondre avec le serrano)

    Arantxa nous a aussi appris que le serrano (dans ma tête une qualité supérieure de jambon espagnol) veut dire “montagnard” et chez eux désigne une sorte de jambon industriel.
    Les cochons ibériques, qui paissent en liberté et qui s’empiffrent de glands  (7 kilos par jour) produisent une charcuterie qui s’appelle iberico et coûte une blinde (jusqu’à 200€/kilo).
    A la dégustation, pas de doute. L’iberico vaut son prix. Moins, mais mieux.

    Par contre le Sereno est un ancien “petit” métier de nuit. Comme les portes des maisons anciennes étaient très grandes, avec des clefs en proportion, les gens ne les emportaient pas avec eux. De retour chez eux à la nuit (le jour, les portes restaient ouvertes, je suppose) les habitants faisaient appel à ce gardien des clefs en frappant dans les mains, et le gardien accourait (à supposer qu’il ne fût pas occupé à l’autre bout du quartier) avec son anneau et toutes les clefs brinquebalantes pour ouvrir la porte aux noctambules.
    Cette fonction a disparu dans les années 70 à Madrid.

 

Alors, si tu passes à Madrid, j’espère que ces adresses te plairont.  En tous les cas, elles reflètent mon goût pour la rencontre, les vrais produits et les petits secrets bien gardés (pas tant que ça quand même)

Liens vers les sites ou pages

Docamar
Casa Gonzalez
Moega
Los Gatos
Levaduramadre
Chocolateria San Gines
Violeta Caramelos
Mercado Anton Marton
Mercado San Miguel
Mercado de San Ildefonso

 

 

 

Showing 6 comments
  • Michèle Petitjean

    Merci pour ce voyage qui m’a donné l’eau à la bouche .Je garde ton mail précieusement .Peut être irai-je un jour tester moi aussi les spécialités que tu indiques .Cordialement

    • Catherine Piette

      Heureuse de pouvoir te faire voyager même par la pensée ! C.

  • Raymond

    Bon Dieu, Catherine, quel talent … pour m’inoculer le virus madrilène !
    Je n’y ai jamais mis un pied jusqu’ici mais je n’attendrai pas un an pour y aller, et contacter auparavant, de ta part,
    l’incontournable Arantxa.

    Et si un jour tu devais changer de passion, n’hésite pas, fais-toi “Guide touristique” et entraine-nous avec le même enthousiasme, sur d’autres sentiers non-battus.

    Ton vieux Tonton

    • Catherine Piette

      Hello Raymond, merci pour ton commentaire, parce que j’ai pris du temps pour rédiger l’article et ça me fait plaisir qu’il donne envie aux lecteurs. Ça me motive pour en faire d’autres sur le même thème 😀 Biz C.

  • Chantal

    J’adore ton compte rendu et c’est bien de cette façon que je souhaite voyager: finis pour moi, les temples, ruines et vestiges à gogo!
    Abla espanol? Pour ma part, très peu: c’est quoi la solution? L’anglais?
    Tu ne parles pas d’argent: est-il indiscret d’en savoir un peu plus?
    Encore merci pour ce magnifique voyage et à bientôt!

    • Catherine Piette

      Hello Chantal, merci pour ta demande de précisions ! un tour comme celui que j’ai fait coûte 59€, nous avons passé 3h et mangé dans 9 endroits !
      C’était en anglais. C.

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